Réactions de quelques fédérations d’entreprises

NB : Les organisations patronales sont réparties entre les multinationales/grandes entreprises et les PME ; les intérêts et les sensibilités des uns et des autres, dans ce contexte de la transition, ne sont pas identiques[1]. Effectivement, l’UCM, dont il n’est pas question ci-dessous, soutient dans les grandes lignes le projet de Forum pour la Transition (à l’unanimité du CA), ainsi que la FUGEA.

  • FEVIA – Ann Nachtergaele, Environmental Affairs & Energy Director

– « Mon emploi du temps est extrêmement chargé et je ne vois pas la possibilité d’assurer un soutien véritable à cette initiative. » (21-05-19)

– « Tant au niveau personnel qu’au niveau de l’organisation que je représente, je ne souhaite pas la soutenir. En effet, je comprends que d’une manière ou d’une autre il faut améliorer le système démocratique dans lequel nous vivons pour le rendre plus proche du citoyen, pour que le citoyen puisse se ré-approprier la politique. Néanmoins, je ne suis pas certaine que des assemblées comme vous le proposer, spécifiquement sur l’environnement, peuvent être une solution.

J’estime en effet que dans toute décision ou politique, une vue à « 360 degrés » est nécessaire Se focaliser sur une urgence ne me semble pas la bonne approche. Beaucoup pensent que les politiques ne prennent pas suffisamment l’urgence climatique au sérieux et que donc une autre approche est nécessaire. C’est une opinion que je ne partage pas. Je pense aussi qu’une telle dynamique doit être coconstruite avec nos autorités. Je suis dans ce cadre très curieuse de voir comment l’expérience dans la communauté germanophone va contribuer au débat démocratique. » (23-03-20)

  • ESSENSCIA wallonie – Carine Lambert, Environment advisor  (20-02-2020)

« Votre demande [de nous rencontrer] a bien retenu toute notre attention. Néanmoins, la remise en cause des fondements démocratiques de nos institutions ne faisant, à ce jour, pas partie des missions de notre fédération, nous n’y répondrons pas favorablement.

  •  FEB – Monica De Jonghe, dir. gén. (21-08-19)

« Nous sommes régulièrement sollicités pour participer à diverses initiatives relatives aux thématiques énergie-climat ou d’autres thématiques.

Par ailleurs, nous sommes actifs au Conseil fédéral du Développement Durable, au Conseil Central de l’Economie et au sein de The Shift, trois organes que vous connaissez plus que probablement et qui abordent les problématiques liées au climat.

Vu notre implication dans ces organes, entre autres, et par soucis de ne pas nous disperser, nous ne répondrons pas favorablement à votre demande de rencontre. »

  • Confédération Construction – Jean-Pierre Liebaert, Dir. des services d’Études (11-12-19)

– Quelle serait la valeur ajoutée du Forum pour la transition ?

  • Les citoyens « grand public » ne seraient pas représentatifs, quant aux autres membres, ils sont déjà présents dans des conseils d’avis…
  • Et en même temps, le niveau interfédéral serait intéressant (par ex. pour favoriser une uniformisation des normes d’isolation des bâtiments)

– Ceci dit, à propos des conseils d’avis… Tous les partenaires sont suspects entre eux. Les négociations sont longues, pénibles et accouchent de souris… Et plus il y a de partenaires, plus c’est compliqué…

  • Fédération pétrolière belge – Jean-Pierre Van Dijk, Secrétaire Général (15-01-20)

L’entretien (2 h) a fort évolué en cours de route, J-P Van Dijk parlant parfois en tant que responsable de la FPB, parfois (voir dernier §) à titre purement personnel.

– « Les partis et les pouvoirs publics ne prêtent qu’une oreille distraite aux recommandations qui leur parviennent même lorsqu’elles émanent d’institutions publiques spécialisées » : ils sont en train de marchander sur tout alors que le « Vésuve commence à gronder ». Le politique réagit principalement à « ses clients » liés à différents groupes d’intérêts. Aux P-B, la pratique bottom-up est courante, en France, c’est généralement le règne du top-down. En Belgique, c’est plutôt le règne du clientélisme.

Il y a donc un problème de fonctionnement de ce qui est en place. Mais au lieu de créer autre chose (en plus ou « à la place de »), essayons plutôt de faire fonctionner/renforcer les institutions existantes (un grand défi en soi !).

Je n’inventerais pas une nouvelle institution. Quel serait le supplément d’âme (ou de valeur), et qui ne pourrait être créé autrement ?

– « Tenter de revitaliser notre démocratie grâce à un dialogue multiniveaux » : c’est à la fois naïf et utopique. Le problème c’est le fonctionnement des organes consultatifs et la prise en compte de leurs recommandations par le pouvoir exécutif.

– Créer une assemblée interfédérale ? Dans la Belgique – et l’Europe – d’aujourd’hui cela me semble tout à fait anachronique. Dans un Etat fédéral ou les Régions ont beaucoup de compétences et s’attaquent aux diverses problématiques de plus en plus différemment, je ne vois pas comment pourrait se développer une approche fédérale. L’alternative : jouer les aiguillons avec le soutien de parlementaires européens.

– « Pérenniser notre patrimoine naturel (notre environnement et notre santé) à court, moyen et long terme dans l’intérêt des générations présentes et futures, en intégrant le respect des ressources et des limites de la planète » : les instances européennes ont déjà bien compris l’enjeu et ont bien intégré cela dans leurs objectifs, dont le plus récent est l’initiative von der Leyen avec le Green deal.

Accrochez-vous à ce train … Et voyez comment devenir un des aiguillons de la démocratie représentative pour que la Belgique en tant qu’État membre de l’UE atteigne les objectifs fixés.

Comment faire un lien avec l’Europe (puisque les compétences environnementales sont entre autres à ce niveau) ? En créant un lien avec « L’assemblée des parlementaires européens belges ».

Ensemble avec les Grootouders voor het Klimaat, allez discuter avec les parlementaires européens belges, pour recevoir leur input et éventuellement un parrainage.

– Les fédérations professionnelles sont déjà présentes dans nombre d’organismes de concertation. N’alourdissons pas davantage les structures. Outre que nous avons aussi des limites en termes de ressources disponibles.

– Le CFDD… Certaines lois passent par son filtre, et c’est un vrai plus.

– Le Plan Climat belge ?… Quatre plans totalisant 620 pages, mal écrites et encombrées de répétitions (en RFA : 210 pages).

– Comment articuler le Forum pour la transition avec d’autres conseils d’avis (sans construire une usine à gaz) ?  Comment le mettre en œuvre avec suffisamment de gages d’efficacité ?

– Les syndicats… Quelle est leur légitimité pour les questions environnementales ?

– Et en final (à titre personnel): Le Forum pour la transition ? Trop idéaliste, trop « bobo ». Et en même temps : trop gentil, trop bisounours, pas assez radical face à l’urgence environnementale ! On est tellement mal barré… Ce devrait être un aiguillon pour secouer la société… Il devrait, pour réussir, bénéficier d’une grande autorité morale.  Et savoir « prendre de la hauteur », comme c’est, historiquement, en principe le rôle du Sénat.

  • BECI – Lana Rebreanu, Sustainable Development Coordinator (27-10-19)

Entre < > : nos réactions.

  • Quel serait l’intérêt et la marge de manœuvre d’une telle assemblée fédérale, en sachant que l’environnement et le climat sont désormais des compétences essentiellement régionales (à quelques détails près) ?

< L’idée est de créer une assemblée interfédérale (donc en lien avec le Fédéral, les Régions et les Communautés). Un plan B (ou Z…) serait de créer ce type d’assemblée à un autre niveau).>

  • Comment assurer une réelle représentativité ?

< Le panel de citoyens « grand public » ne pourrait effectivement pas constituer à lui seul un échantillon représentatif de la population. D’où la nécessité de le compléter par les quatre autres groupes. Cet ensemble diversifié serait sociologiquement mieux représentatif de la population que les assemblées élues.>

  • Ne risque-t-on pas de toucher juste des gens déjà conscientisés et convaincus de la nécessité d’agir ? Comment réellement impliquer le grand public, celui qui se contente de son train-train quotidien et ne veut pas renoncer à son confort ?

<Le monde évolue… Qu’il s’agisse des citoyens « grand public » ou des autres membres de l’assemblée, effectivement, il s’agira d’hommes et de femmes conscients qu’il s’agit d’agir (c’est tout l’enjeu) au lieu de subir passivement en restant dans « sa zone de confort ».>

  • Quelle serait la légitimité d’une telle assemblée ?

< Entre-temps, cela a été développé dans la description de projet.>

  • Comment se traduirait concrètement le travail de cette assemblée ? Comment pourrait-elle susciter l’adhésion massive du public ? (Par exemple, si grâce à elle on impose une taxe carbone conséquente, quelle garantie que les citoyens l’accepteront ?)

< Les différents groupes membres de l’assemblée, vu leurs backgrounds variés, veilleront spontanément au principe « pas de justice environnementale sans justice sociale ». En outre, les propositions devront être soumises pour accord aux assemblées élues.>

  • Créer encore une nouvelle instance ne risque-t-il pas de simplement multiplier les intervenants et finalement noyer le message central (agir maintenant) ? Ne serait-ce pas juste encore un de ces organismes où l’on parle beaucoup et rien de plus, aucune action concrète ?

< Il est de notoriété publique que les pouvoirs politiques tiennent très peu compte des recommandations des (neuf) conseils d’avis. Ici, il ne s’agirait pas d’un conseil d’avis de plus (il y en a déjà sans doute un peu trop…). >

Ne serait-il pas plus intéressant de réfléchir à comment susciter une vraie participation citoyenne et une vraie implication du citoyen lambda sur ces questions, plutôt que de créer un nième organisme où serait présents des gens déjà convaincus ? Aujourd’hui, nous sommes plutôt à l’heure où chacun doit agir concrètement, à son niveau, plutôt qu’encore parler et parler et parler. Il faudrait plutôt convaincre les gens à changer leurs habitudes concrètement, dans leur vie de tous les jours. Des actions en ce sens me sembleraient, à moi personnellement, bien plus efficaces et utiles.

< S’agissant de l’environnement, et du climat en particulier, les écogestes individuels, essentiels, ne pourront suffire. L’État et les entreprises devront réaliser entre la moitié et les trois quarts du chemin[2].>

  • Quid de la coordination avec d’autres initiatives, comme Sign for my future ?

< Nous sommes en contact (via Bart Corijn, de The Shift).>

  • Quel budget et comment l’assurer ?

< Encore aucune valorisation. Seulement quelques réflexions (voir Description de projet).>

Autre commentaire (oralement, lors de notre rencontre) :

– Le CES fonctionne bien. La concertation sociale y est décisive. En Wallonie, y intégrer deux associations environnementalistes était une mauvaise idée : elles ne tiennent pas compte des aspects économiques. Leur agenda n’est pas réaliste. Elles sont dans l’idéologie et la démagogie.


[1] Nuance importante soulevée par Bernard Mazijn lors d’un échange e-mail à propos du projet de « Convention interféfédérale pour la Transition et la Démocratie ».

[2] In : Le Soir du 02/08/19, Carte blanche signée par deux chercheurs en sciences économiques : Olivier Malay (UCL) et Tanguy Ollinger (St-Louis).