Ce qui se passe avec le Covid : une répétition de ce qui pourrait se passer avec l’urgence environnementale ?

« Le politique prend des engagements, l’économie s’ébroue. N’y a-t-il pas un point aveugle dans la manière dont on transforme la société, en faisant en sorte que ce soit acceptable pour les populations ? Ce qui se passe avec le Covid – la difficulté à faire entendre la voix des experts, leur remise en cause par le politique lorsqu’ils lancent des avertissements, la difficulté d’adopter et de faire accepter des mesures contraignantes – n’est-ce pas une répétition de ce qui pourrait se passer sur la question climatique [et l’urgence environnementale en général[1] ] ?

Tout à fait ! C’est pour cela que je plaide pour du réalisme politique. On ne peut pas enclencher ces changements si on ne met pas les citoyens aux commandes de la réflexion et des choix à faire. Si on les traite comme des enfants, si on prend les décisions d’en haut, cela ne marchera pas. Comme pour le covid, il n’y a de solution durable qu’en mettant les citoyens en situation de responsabilité. Pas seulement qu’ils soient responsables de leurs gestes mais surtout faciliter la compréhension et la maîtrise au fond intellectuelle, politique, du problème dans sa généralité. Il ne s’agit pas de transformer les citoyens en experts mais que l’information soit donnée, que l’attitude des responsables politiques change vis à vis des citoyens. Sans cela, le gouvernement passe son temps à évaluer le degré d’acceptabilité de ses décisions au sein de la population. Je pense au contraire qu’il faut une refonte de nos manières de faire de la politique au sens de la cité : traiter les citoyens, y compris les jeunes, comme des personnes responsables avec qui il faut débattre. C’est ça aussi qui réconciliera experts et citoyens. C’est comme ça qu’on va y arriver ; il faut prendre le risque. De toute manière, il n’y a pas d’autre solution dans nos démocraties. C’est ainsi qu’on lie démocratie et transition. On ne va pas passer par des solutions autoritaires, ça n’a pas de sens. Les régimes autoritaires ne sont pas plus efficaces, ce n’est pas vrai. »

Laurence Tubiana, l’ancienne négociatrice française pour le climat, interviewée par MICHEL DE MUELENAERE (Le Soir, 09-02-21, p. 14)

Agée de 69 ans, l’économiste et diplomate née à Oran (Algérie) fait partie des voix écoutées et respectées dans le monde francophone et bien au-delà lorsqu’il s’agit d’évoquer le climat et la transition écologique. De gauche et écologiste, elle a fondé l’un des instituts de recherche les plus renommés sur les questions climatiques et environnementales en général : l’Iddri, l’Institut du développement durable et des relations internationales. Elle a également coprésidé le comité de gouvernance de la convention citoyenne pour le climat en France.


[1] Ajout personnel.

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1 réponse

  1. Gérard Myriam dit :

    Hum, pas trop enthousiaste de cette comparaison entre la responsabilité du citoyen face au Covid et face aux enjeux climatiques. Ce sont des changements structurels profonds que les PP devront avoir le courage de prendre face au climat, et ils seront en bonne partie top down…parce que leur responsabilité est de fixer un cadre structurant, permettant les changements…à faire d’abord et avant tout dans le monde économique. Ce qui n’empêche pas de faire appel à l’intelligence collective des citoyens…La conférence de Rio date de 1992. Depuis lors, on a fait pas mal de choses très « douces », très interactives, pédagogiques; aujourd’hui, c’est l’heure de la décision.

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